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Les jardins publics, le square
mardi, 2 octobre 2007
/ Sophie de Champsavin / Administratrice du site

Paysage

La prise en compte de la composition végétale dans le développement urbain remonte au XVIe siècle avec la réalisation de l’extension de la ville de Versailles, puis du grand projet d’aménagement de l’Ouest parisien. (Voir plan de Versailles en 1866) . Le Nôtre transpose dans ses grands principes de tracé urbain les innovations qu’il a notamment réalisé au parc du château de Versailles : axe majeur, symétrie et hiérarchie dans la composition, figures de jardin comme mails, ronds points, étoiles, rues en damiers. Ces ordonnancements classiques vont servir de référence à la plupart des aménagements publics réalisés dans d’autres villes au XVIIIe siècle. Leur "embellissement" consiste non seulement à la création de promenades plantées mais encourage également de grands travaux d’hygiène et de salubrité. À l’opposé, se développent au XVIIIe siècle, les théories du pittoresque. D’influence anglaise, les jardins se mettent à l’heure du naturel. On recherche davantage le désordre. Ce nouvel art des jardins s’exprime dans le parc du Vésinet, vaste opération immobilière confié à Alphonse Pallu sous l’oeil avisé de Napoléon III. Le comte de Choulot, professionnel de l’art des jardins, réalise alors la première "ville-parc". Le dessin général prévoit une grande variété dans le tracé des rues, la surface des lots et surtout la présence d’immenses coulées vertes et jeux d’eaux publics qui donnent à l’ensemble un caractère très particulier.

Vers 1860, Napoléon III souhaite transformer Paris en "Beau dessin de jardin". Ce projet répond non seulement à un souci d’esthétisme mais aussi à la nécessité d’aérer, d’assainir la capitale. Haussman charge l’ingénieur Adolphe Alphand et le paysagiste Baillet-Deschamps de mettre en oeuvre le dessein impérial. Tous les boulevards font l’objet de travaux d’assainissement, de revêtements et de plantations suivant des normes très précises. De nombreux squares et parcs sont créés, le style composite se met en place, combinaison judicieuse entre les principes de la composition classique et du style pittoresque. Par exemple : le square des Batignolles à Paris, les bois de Boulogne et de Vincennes, le parc des Buttes Chaumont où les accidents de terrains et des excavations sont délibérément exploités pour donner à l’ensemble l’aspect d’un paysage montagneux.

Ces réalisations parisiennes connaîtront un grand succès, et propageront un style d’urbanisme dans certaines villes de France et au delà de nos frontières.

La Capitale des Etats Unis, Washington, créée à la fin du XVIIIè siècle a été dessinée par Charles-Pierre L’Enfant (voir plan) , officier français devenu architecte. Il compose le plan à partir du Capitole et de la Maison Blanche, avec de vastes parterres végétaux. Ces principes s’inspirent de la composition du parc de Versailles.

LE MAIL
À l’origine, ce terme désigne un instrument de jeu, le Maillet, puis un jeu, le mail, qui consiste à pousser une boule en bois de buis en un minimum de coups jusqu’à un petit arceau de fer. Très répandu au XVIe siècle, le terrain sur lequel on joue doit être aménagé en respectant des dimensions précises et planté d’ormes suivant une trame régulière. À partir du XVIIe siècle, les terrains de jeu de mail ont servi de promenades. "Le mail, aujourd’hui, est un espace géométrique planté de lignes régulières dont la surface, hormis les troncs, est entièrement dégagée". Un exemple de mail célèbre à Rouen et aujourd’hui disparu : le “Cours la Reine” où “Grand Cours” créé en 1649 le long de la rive gauche, face aux îles de la Seine et aux coteaux de Bonsecours (cf. plans de Rouen au XVIIe et XVIIIe voir fiche "la ville").

Pédagogie

Objectifs pédagogiques

Comprendre le parralélisme entre la composition des jardins et celle des villes suivant les différentes époques de conception-réalisation. Mettre en évidence les différents types d’espaces "vides" rencontrés en site urbain et les replacer par rapport à l’histoire du lieu.

Prolongements possibles

Visite du parc du château de Versailles, du Vésinet, visite du château du Champ-de-Bataille

Matériel nécessaire

Extrait de plan cadastral à l’échelle 1/1000e

Déroulement de l’action

Étude de différents documents iconographiques et de textes. Étude particulière d’un jardin public choisi

Propositions d’actions

Étude de textes

Étudier les deux extraits de textes présentés, « Manière de montrer les jardins de Versailles par Louis XIV » et « La nouvelle Héloïse 1,23 » de Jean-Jacques Rousseau. Établir une comparaison entre les sites présentés au travers de ces deux textes. Dire en quoi ces textes font référence à des jardins de conception différente. Retrouver des adjectifs pour qualifier les ambiances exprimées par ces deux jardins. Cette étude de texte peut être complétée par un travail graphique : représentation schématique sous forme de plan ou autre d’un de ces sites. Ou par un travail écrit : rédaction d’un petit texte pour décrire l’ambiance d’un jardin (le site en question pourra être choisi par l’enseignant et être le même pour l’ensemble des élèves, ou bien pourra être choisi indépendamment par l’élève lui-même).

"En sortant du chasteau par le vestibule de la cour de marbre, on ira sur la terrasse ; il faut s’arrêter sur le haut des degrez pour considérer la situation des parterres, des pièces d’eau et les fontaines des cabinets.... Il faut ensuite aller droit sur le haut de la tonne et faire une pause pour considérer la tonne, les lésars, les rampes, les statues, l’allée royale, l’apollon, le canal, et puis se tourner pour voir le parterre et le château".
Extrait de “Manière de montrer les jardins de Versailles par Louis XIV”
"Je gravissais lentement et à pied des sentiers assez rudes. Je voulais rêver, et j’en étais toujours détourné par quelque spectacle inattendu. Tantôt d’immenses roches pendaient en ruines au-dessus de ma tête. Tantôt de hautes et bruyantes cascades m’inondaient de leurs épais brouillards. Tantôt un torrent éternel ouvrait à mes côtés un abîme dont les yeux n’osaient sonder la profondeur. Quelquefois je me perdais dans l’obscurité d’un bois touffu. Quelquefois, en sortant d’un gouffre, une agréable prairie réjouissait tout à coup mes regards ! un mélange étonnant de la nature sauvage et de la nature cultivée montrait partout la main des hommes..."
Extrait de “La Nouvelle Eloïse” - Jean-Jacques Rousseau

Étude d’un espace public

Choisir avec l’enseignant, un espace public de la ville figurant sur le plan cadastral, si possible connu par l’ensemble des élèves et proche du collège. Par petit groupe, sur le terrain déterminer : la situation de cet espace dans la ville, sa forme. Identifier : les éléments bâtis qui le ceinturent (époque de construction, hauteur, type de bâtiments, logements, édifices publics, commerces…), les éléments végétaux qui le composent. Comparer collectivement les différents espaces et réaliser une classification en fonction de leur évolution chronologique.