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Le potager
lundi, 22 octobre 2007
/ Sophie de Champsavin / Administratrice du site

Paysage

J.B. Jackson “Necessity for Ruins” - University of Massachusetts Press - 03/1980 Le jardinage “satisfait sans cesse l’aspiration d’une existence quotidienne ; [...] c’est une tâche de qualité et de mesure, qui ne parvient à humaniser qu’une parcelle de la nature.”

Potager du château de Bosmelet On peut imaginer chez tous les hommes, dans toutes les civilisations une tradition horticole ; la nécessité de subsistance amène le développement d’une agriculture définie comme une activité utilitaire et économique dont le rythme et les disciplines exigent une conception de l’ensemencement, de la fertilisation et de la récolte. Cette dernière se différencie du jardin familial réservé au potager et à la culture des plantes médicinales.

Depuis la nuit des temps, l’homme s’évertue à imposer un certain ordre à une nature turbulente, imprévisible et souvent perverse. À l’image des plants de maïs dont les Mayas vont améliorer progressivement les qualités ou de la campagne transformée au Japon en un vaste réseau de jardins permettant la culture millénaire du riz, l’homme va être attentif au matériel végétal, à ses conditions de culture pour façonner et transformer le paysage et le jardin dans une interprétation propre à ses croyances et à la société dans laquelle il évolue.

Pour les premiers Romains, le jardin, loin de satisfaire des besoins d’agréments, avait pour seul avantage de produire des aliments et des plantes médicinales. On mentionne dans certains écrits la présence de fleurs pour les rites religieux. C’est seulement sous l’influence moyen-orientale qu’apparaît la présence de l’eau, des colorations florales, de l’ordonnancement des arbres...

Dans la Rome antique, le jardin traditionnel est clos : c’est l’Hortus, un jardin rectangulaire, enceint des murs de la maison dans lequel l’eau, sous formes de jeux d’eau, de jets, de cascatelles, de bassins, de canaux... fait une incursion de plus en plus remarquable. Il y a en fait un véritable prolongement entre la vie dans la villa et celle qui se développe dans le jardin. Au Moyen Âge, les jardins étaient à l’identique, entourés par des murs destinés à protéger l’homme des dangers que recèle la nature dans les forêts alentour, les marais, les rivières indomptées et les routes désertes : c’est l’Hortus conclusus dont les dispositions géométriques sont marquantes. C’est un jardin plat et horizontal dans lequel le puits joue un rôle fondamental, fonctionnel mais aussi symbolique et dans lequel des carrés de culture sont souvent surélevés au-dessus du sol. Ces jardins sont protégés dans les châteaux, les monastères.

Ils se développèrent ensuite dans la ville où ils prirent d’autres dimensions : c’est en particulier l’orientation que prendront certains "jardins secrets" ou "jardins d’Amour".

À la Renaissance, en Italie puis en France, c’est sur cette base historique que le jardin se développera pour prendre une image tantôt classique, tantôt baroque puis à l’anglaise.

La logique d’établissement d’un potager est la base de conception de tous les jardins. Les principes d’ordre horticole ont au moins autant d’importance que ceux d’ordre esthétique.

Cinq points sont à prendre en compte pour l’établissement d’un potager :
l’abri des vents
l’exposition
un sol fertile
la présence d’eau
une organisation particulière

L’enveloppe du jardin

Le mur ou la haie constituent souvent l’enveloppe, la protection du jardin potager vis-à-vis de certaines conditions climatiques. Vis-à-vis des vents, les haies perméables ralentissent le passage de l’air sur une distance de dix fois leur hauteur ; les murs protègent une zone deux fois égale à leur hauteur. Vis-à-vis des températures, les murs et les haies favorisent le jour une élévation des températures de 1 à 4°, la nuit de 2°C par rapport à des zones ouvertes. Les murs ont ainsi un effet tampon vis à vis des variations de température puisqu’ils arrivent à restituer la nuit la chaleur accumulée le jour. Dans certains jardins, ce sont des canaux, structurant le potager, qui ont ce rôle de tampon vis-à-vis des variations de température et de l’humidité de l’air. Ces éléments favorisent la création de “microclimats” favorables au développement de la végétation en place, c’est-à-dire des cultures.

L’eau dans le jardin

Pas de jardin sans eau... L’eau est l’élément indispensable aux plantes pour permettre leur croissance optimale, favoriser de meilleurs rendements et donc augmenter les productions. Dans tous les cas, l’arrosage des légumes, des fleurs nécessite une distribution à la demande en fonction de la chaleur et de l’état de la plante. On n’arrose jamais les feuillages mais le sol dans lequel se trouvent les racines, en prenant soin qu’il soit humidifié en profondeur par un apport d’eau abondant.


L’organisation

Potager du château de Bosmelet Dans le potager, les cultures se font en ligne. C’est donc la ligne qui permet d’organiser l’ensemble du potager.
Les lignes de culture parallèles forment des planches de culture ou des plates-bandes. Pour passer entre les plates-bandes d’une même culture, le jardinier doit prévoir un petit sentier que l’on appelle le "passe-pied". Les plate-bandes sont regroupées en carrés de culture, séparés entre eux par des allées. Les plates-bandes sont souvent tenues sur les côtés par des matériaux divers (planches ou autres). Parfois, on peut choisir de faire des bordures avec des plantes diverses : oseille, iris, thym... Enfin, lorsque le jardin est entouré de murs ou de haies, on peut y adosser des plates-bandes qui bénéficient de leur influence favorable. On appelle alors ces plates-bandes des costières.

L’ensemble des murs, des terrasses, des enclos, des carrés de cultures peuvent bénéficier de toutes les expositions possibles. Ainsi le jardinier peut choisir selon les cas les différentes espèces d’arbres fruitiers, de buissons à baies, de légumes ou de fruits retenus... Pour les délices du Roy Louis XIV, un jardinier, Jean-Baptiste de la Quintinye, a imaginé un potager qui permettait la production de fruits et de légumes ayant besoin de beaucoup de chaleur, et que l’on cultive communément dans le sud (pêches, figues, melons, asperges, vignes...).

Pédagogie

Objectifs pédagogiques

Comprendre les logiques de structuration d’un potager (éléments climatiques et cultures).
Découvrir les végétaux (fruits, légumes ou fleurs) du potager.

Prolongements possibles

Visite du potager du Roy à Versailles.
Visite de jardins en Haute-Normandie (Miromesnil, Bosmelet...).

Matériel nécessaire

Carnets.
Crayons.
Appareils photographiques.

Déroulement de l’action

Travail d’observation à partir de visites de potagers.

Propositions d’actions

Le jardin potager

À partir de la visite d’un potager (ou bien, à défaut, de l’étude de photographies et de plans d’un jardin potager),chercher et décrire les différents éléments (murs, haies, canaux…) qui structurent ce type de jardin ; les « analyser » pour retrouver leur rôle respectif.
Les observations mettent en évidence la composition du potager. Les surfaces sont délimitées, soulignées ; les cultures sont organisées. Le glissement d’un espace à l’autre, d’une surface à l’autre, chacun et chacune ayant l’attribution d’une fonction et d’un rôle, traduit la structure même du potager : rationnelle, simple et efficace

Les végétaux dans le potager

À partir des observations réalisées dans l’exercice précédent, décrire quelques-uns des différents types de végétaux que l’on va trouver dans le potager.
Repérer plus particulièrement leur espacement, leur volume, leur hauteur, leur forme, leur rôle par rapport à la composition du potager.
Réaliser quelques croquis et les accompagner d’un petit texte explicatif.

Le potager du Roy

Visite du potager du Roy à Versailles

Dans le cadre d’une visite dans le potager du Roy à Versailles, reprendre les deux exercices précédents et poursuivre les recherches par l’observation des différents éléments qui le constituent.

Étudier par exemple le potager à travers les éléments suivants : sa forme générale, la constitution de son enveloppe, les éléments qui dépassent de cette enveloppe, son organisation (composition, structure, etc.). Réaliser des croquis annotés qui serviront de point de départ à un rendu collectif.

Visites interactives du potager du Roi
Visite du site du Collège Zola à Igny