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L’eau à l’origine des villes
mercredi, 17 janvier 2007
/ Caue de la Seine-Maritime

Paysage

Au commencement de l’histoire d’une ville, il y a souvent un contact, une accroche aux rives d’un fleuve, d’une rivière ou d’un ruisseau.

L’homme a attribué à ces cours d’eau des dimensions sacrées que cela soit dans les très anciens cultes - romains, celtes ou païens – ou depuis la christianisation. Ainsi, ces éléments physiques qui marquent un espace ou un territoire vont devenir les points d’ancrage de la ville en déterminant dans un premier temps ses limites.

ROUEN, UNE VILLE SACRÉE AU BORD DE L’EAU.

Depuis l’époque romaine où Rotomagus naît jusqu’au Moyen Âge, l’implantation de la ville est caractérisée par un espace cerné par des fossés liés au passage de deux ruisseaux : la Renelle (actuelle rue Jeanne d’Arc) et le Robec dont la déviation permet d’alimenter deux fossés de ceinture), et limité au sud par la Seine. Ces deux ruisseaux sont dédiés à des divinités : Roth, la divinité de Rouen pour le Robec, Vénus pour les deux sources de la Renelle. Avec la christianisation se renforce la dimension sacrée de la cité. Au VIIe siècle, un temple dédié à Vénus est transformé en chapelle Notre Dame.

Au XIe siècle, ce sont trois chapelles qui s’alignent sur les rives de la Renelle. Les sources de la Renelle sont sanctifiées et deviennent sources Notre Dame.

On attribue également à Saint Romain, évêque de Rouen, l’élimination d’un dragon qui sévissait dans les marécages du Robec. La soumission du dragon à Dieu permet à Saint Romain de christianiser le Robec. L’espace rouennais pourra dès lors être investi par des édifices chrétiens.

UNE PREMIÈRE URBANISATION AUTOUR DE L’AN MIL.

L’implantation de communautés, en particulier la communauté juive, à l’intérieur des limites de la ville, témoigne de la volonté de maintenir la population rassemblée autour de deux points symboliques : le château royal et l’église cathédrale. Les monastères se développent (Sainte Catherine en 1023 – Saint Amaris en 1030), prenant les charges administratives de la ville à leur compte. Les villes deviennent à cette époque de véritables greniers, réservoirs de nourriture pour la population.

L’ESSOR URBAIN DU XIIe SIÈCLE.

À l’initiative de Philippe Auguste, des fortifications sont érigées. Sur près de 4000 mètres, une muraille de pierres ponctuée de portes et de trous saillants cimente la ville dans les limites choisies par la commune. Les extensions progressives seront dès lors prise en compte dans ce système d’enchatellement. Les fossés, alimentés en eaux courantes, servent alors de viviers, offrant à la ville de nouvelles ressources alimentaires. Rouen va s’agrandir. Une seconde enceinte est créée, protégée au nord par la Rouge-Mare et à l’est par le marais Malpalud.

Même si Rouen continue à s’épanouir à la Renaissance une bonne partie de l’espace urbain actuel (le centre-ville de Rouen) est donc circonscrit dès la fin du XIIe siècle. Le réseau des fossés édifié à cette époque produit un paysage aquatique comparable à celui de Venise. "La ville de Rouen est très peuplée et très riche par différents genres de commerce ; elle est très agréable à cause de l’influence de bâtiments qui se réunissent dans son port, par le murmure de ses eaux courantes et par l’agrément de ses prairies. Une grande abondance de fruits, de poissons et de toutes sortes de denrées ajoute encore à son opulence. Les montagnes et les forêts, dont elle est entourée de toutes parts, les murs, les retranchements et les autres constructions militaires la rendent très forte.

Elle reçoit beaucoup de lustres de ses églises, ainsi que de l’aspect de ces maisons et de ses édifices"... écrit Orderic Vital vers 1148. La ville poursuit son extension au XIIIe siècle, asséchant les fossés du castrum romain, livrant à la commune près de 15 % d’espaces supplémentaires sur lesquels est édifié l’hôpital des pauvres. La ville va poursuivre progressivement l’assainissement de ces quartiers et des zones voisines, reléguant aux oubliettes la dimension sacrée de ses contours premiers, en même temps qu’elle comblait ses eaux de ceinture en les canalisant.

Pédagogie

Objectifs pédagogiques

Comprendre l’importance de la place occupée par l’eau dans la cité. Découvrir la relation entre toponymie, réalité paysagère et historique de la ville. Comprendre les éléments fondateurs de la cité, de son organisation et de sa structuration.

Prolongements possibles

- Étude de l’ouvrage d’André Guillerme Les temps de l’eau.
- Visite aux archives départementales ou à la bibliothèque municipale (recherche de plans anciens ; histoire de la ville cf. fiche II 6.3.)
- Visite du site Service Educatif de la ville de Rouen

Matériel nécessaire

- Plan de la ville de Rouen.
- Carnets de croquis, appareils photo...

Déroulement de l’action

Étude du plan de la ville de Rouen.

Promenade dans la ville (en particulier le long de la rue des Petites Eaux du Robec et rue Eau de Robec).

Propositions d’actions

L’importance de l’eau dans la ville

Sur le plan de Rouen, rechercher les éléments de la toponymie qui, dans le nom des rues ou des lieux font référence à la présence ou à l’utilisation de l’eau.

Retrouver sur le plan les emplacements (rivières, fontaines, ruisseaux…) où l’eau est présente dans la cité afin de déterminer son importance dans le développement des villes.

Rechercher quelles pouvaient être les différentes utilisations de l’eau par les habitants et leurs évolutions au cours de l’histoire (pour assurer leurs activités ou permettre le développement de la ville).

Une promenade dans la ville

Durant la promenade proposée dans la ville, retrouver les éléments remarqués préalablement lors de l’étude du plan de la ville (lieux, rues…). Observer l’architecture qui y est associée (forme sur la rue, composition du bâtiment) et rechercher l’affectation qui pouvait être la sienne.

Effectuer un relevé de ces différents bâtiments sur un carnet ou un cahier.

Un reportage photo pourra être réalisé de façon collective et servira de support à un rendu sous forme d’exposition .